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Jean-Marie Blas de Roblès, écrivain orléanais, lauréat d’un Grand Prix littéraire : “je suis un illusionniste”

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L’écrivain Jean-Marie Blas de Roblès a reçu le 5 juillet dernier le Grand Prix de la Société des gens de lettres, pour la totalité de son œuvre. L’auteur orléanais a publié son premier ouvrage de fiction en 1982, La mémoire de riz et autres contes (nouvelles), pour lequel il a reçu le Prix de la nouvelle de l’Académie française. En 2008, il publie son roman Là où les tigres sont chez eux. Un ouvrage pour lequel il reçoit le Prix Médicis, qui récompense un écrit littéraire dont l’auteur est débutant et peu connu du grand public. Entretien avec Jean-Marie Blas de Roblès.

Vous venez de recevoir un grand prix littéraire pour la totalité de votre œuvre. En tant qu’écrivain, qu’est-ce qu’on fait après une telle récompense ?

Je ne peux qu’être parfaitement honoré par un prix semblable, d’autant qu’il est merveilleusement doté, ce qui est rare pour les prix. En même temps, il y a une petite voix intérieure qui vient me dire “mon vieux ton œuvre est derrière toi”. Ça fait un petit coup de vieux. Mais c’est vrai que ce prix récompense un travail dont on a l’impression qu’il commence à prendre forme. On récompense ma ténacité, on récompense une fidélité à ce qu’on peut appeler une œuvre, même si c’est bien prétentieux. Je préfère parler de travail. Je vais continuer à faire ce que je sais faire, c’est-à-dire écrire des livres et essayer d’en écrire de meilleures encore. C’est ça, le défi que je me lance à chaque fois. Pour moi, ce n’est pas du tout évident, il faut que je me lance moi même des défis, que j’arrive à me convaincre de la légitimité qu’il y a à écrire un nouveau livre. Je suis lancé dans un nouveau travail, je vais m’y remettre très sérieusement au mois d’août ou septembre. 

Comment décririez-vous votre œuvre ?

Je suis quelqu’un qui prend au sérieux la fiction et la littérature. Quand je dis que je prends au sérieux la fiction, c’est-à-dire que je m’intéresse davantage à l’invention d’histoires, à l’imaginaire. Je suis un raconteur d’histoires, plutôt qu’un raconteur de moi-même, ce qu’on appelle l’autofiction. J’adore inventer des histoires, des contes, des fables. Et après, quand je dis que prend au sérieux la littérature, c’est que mon souci principal, c’est la langue française, la poésie, la façon de trouver le mot juste.  Je fais très, très attention à la rythmique de la phrase.

Vous avez beaucoup voyagé dans votre vie. Vous avez dirigé la Maison de la Culture française au Brésil, puis avez enseigné en Chine, avant de revenir en Europe… Vous avez participé à des fouilles archéologiques en Libye. Tout ça influence vos textes ?

Très peu, en fait. Parce que j’ai voyagé parce que je travaillais à l’étranger. Je me suis instruit et éduqué sur les pays. J’ai appris la langue des pays dans lesquels j’ai vécu. Justement parce que c’est la fiction qui m’importe, je peux écrire un livre sur le Japon sans y avoir mis les pieds. C’est là l’avantage de la fiction. Et donc, non, je m’en sers parfois comme décor. Je suis un illusionniste, donc il faut que je fabrique une illusion pour le lecteur. Et quand j’ai à ma disposition un décor tout fait, je l’utilise. Par exemple, je suis allé au Tibet, par exemple, et si j’ai placé mon histoire au Tibet, je me sers effectivement de mes photos, de mes souvenirs, de mes carnets, ces choses là. Mais c’est toujours dans ce sens là. Jamais dans l’autre sens. Ce n’est pas parce que je suis allé au Chili que je voudrais écrire quelque chose sur le Chili.  

Puisque vous travaillez sur l’imaginaire, comment procédez-vous pour écrire vos histoires ? 

Depuis des dizaines d’années, je passe mon temps à noter sur des petits carnets la petite anecdote qu’on m’a racontée, la petite chose que j’ai vue, la petite chose que j’ai lue. J’ai des dizaines et des dizaines de carnets avec des petites idées, des embryons de ce dont j’ai pensé à un moment donné en les écrivant, qui pourrait servir à une nouvelle ou un conte ou un roman. Il y a un moment où, avant d’écrire un livre, je relis tous ces carnets et des petites choses qui ont parfois pas dix ans de distance se mettent à fonctionner ensemble. Et c’est ce collage là qui produit quelque chose de nouveau et qui produit l’invention. On ne peut rien inventer à partir de rien. 





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