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Environnement : des quantités record de déchets plastiques retrouvés au fond de la Méditerranée, au large de la Corse

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On n’avait jamais découvert autant de plastiques dans les fonds marins. Jusqu’à 1,9 million de morceaux par mètre carré ont été révélés par une étude internationale, publiée dans la revue Science. Une pollution invisible, tapie dans les profondeurs de la mer Tyrrhénienne, à l’est des Bouches de Bonifacio et au nord de l’archipel italien de la Maddalena, entre une réserve naturelle et un parc national, deux zones protégées.
 

C'est dans cette zone, au fond de la Méditerranée, au sud-est de Bonifacio et au Nord de l'archipel de la Maddalena que des quantités record de microplastiques ont été découvertes. / © Réserve naturelle de Bonifacio
C’est dans cette zone, au fond de la Méditerranée, au sud-est de Bonifacio et au Nord de l’archipel de la Maddalena que des quantités record de microplastiques ont été découvertes. / © Réserve naturelle de Bonifacio

Nous avons été choqués par les fortes concentrations de microplastiques que nous avons trouvées dans les fonds marins“, reconnaît le Dr Ian Kane de l’Université de Manchester, auteur principal de l’étude. Ce qu’on appelle microplastiques, ce sont les petites particules microscopiques issues de la décomposition du plastique ou des matières textiles.

Nous avons été choqués par les fortes concentrations de microplastiques que nous avons trouvées dans les fonds marins

A l’œil nu, les prélèvements réalisés par les scientifiques ressembleraient donc plutôt à de la vase qu’à une décharge au fond des mers.

Qui s’est baigné ou promené sur les bords de la Méditerranée a forcément croisé une bouteille d’eau abandonnée, un emballage vide, un morceau de filet de pêche flottant au rythme des vagues.

Il est désormais connu que des “continents” de déchets plastiques se forment à la surface des mers. Cette pollution, le plus souvent visible, ne représente qu’1% des déchets plastiques rejetés en mer.

99% des rejets plastiques vont dans les profondeurs

“On pensait jusqu’à présent que les 99% restant sédimentaient, c’est-à-dire qu’ils tombaient doucement sur le fond, qu’il y en avait un peu partout”, explique Pierre Garreau, modélisateur en océanographie physique et responsable du Laboratoire Océan Côtier de l’Ifremer. 

“Or on se rend compte que les courants près du fond sont capables de transporter des microplastiques sur des distances importantes et de les déposer par endroits.” 

Les scientifiques appellent “hotspots”, ou points chauds, ces zones où les microplastiques s’accumulent.

“C’est la première fois qu’on met en évidence que les courants de fond sont capables de concentrer les microplastiques dans des zones particulières”, précise Pierre Garreau.

Résultat : sous l’effet des courants, cette zone de la mer Thyrénienne, loin de grandes métropoles susceptibles de rejeter beaucoup de plastiques, et près de zones naturelles protégées, est, à la surprise des scientifiques qui l’ont étudiée, un point chaud où s’accumulent les microdéchets.

C’est l’endroit où on en a trouvé le plus. Pour l’instant, il est probable qu’en Méditerranée, ou ailleurs dans les océans, on retrouve des hotspo

“C’est l’endroit où on en a trouvé le plus. Pour l’instant, il est probable qu’en Méditerranée, ou ailleurs dans les océans, on retrouve des hotspots”, souligne Pierre Garreau.

Cette étude pourrait permettre aux spécialistes de l’environnement de chercher avec plus de précision les microplastiques rejetés en mer.

Les conséquences pour l’environnement

D’autres études devront être menées pour étudier les conséquences précises de cette découverte. “Pour avoir de la vie dans l’océan profond, sur les pentes, il faut aussi des courants, parce que ce sont les courants qui amènent les sels nutritifs et l’oxygène aux organismes qui sont fixés ou posés sur le fond. On peut penser aux coraux froids par exemple, les organismes de ce style, détaille Pierre Garreau. Du coup, les zones d’accumulation de micro-plastiques sont aussi probablement des zones favorables à cette activité biologique.”

Il reste tout de même prudent : “C’est un environnement qui est a priori plus riche que d’autres environnements profonds. Avec plein de guillemets quand même parce que ça reste le fond l’océan, ça n’est pas très riche.”

Ce qu’on a trouvé précisément

Un système de carottage et de bennes à sédiment a permis aux équipes de l’étude de prélever des échantillons du fond marin.

Parmi les microplastiques découverts sur la zone d’étude, la majorité provenait de fibres textiles, rejetées par exemple par les machines à laver et mal filtrées par les stations d’épuration. L’autre partie est issue de la décomposition de déchets plastiques plus importants.
 

Les courants de plateau dispersent les microplastiques, de puissants écoulements par gravité rejettent les microplastiques dans les eaux profondes, tandis que les courants de fond entraînés par thermohaline séparent les microplastiques en hotspots où ils se concentrent. L'efficacité de leur stockage à long terme dépend de l'intensité de l'activité du fond et du taux d'enfouissement. / © Seafloor microplastic hotspots controlled by deep-sea circulation, Ian A. Kane1,*, Michael A. Clare, Elda Miramonte, Roy Wogelius, James J. Rothwell, Pierre Garreau, Florian Pohl / Science
Les courants de plateau dispersent les microplastiques, de puissants écoulements par gravité rejettent les microplastiques dans les eaux profondes, tandis que les courants de fond entraînés par thermohaline séparent les microplastiques en hotspots où ils se concentrent. L’efficacité de leur stockage à long terme dépend de l’intensité de l’activité du fond et du taux d’enfouissement. / © Seafloor microplastic hotspots controlled by deep-sea circulation, Ian A. Kane1,*, Michael A. Clare, Elda Miramonte, Roy Wogelius, James J. Rothwell, Pierre Garreau, Florian Pohl / Science

Des tonnes de plastique rejetés en Méditerranée

Dans une étude récente, l’ONG pour la protection de l’environnement, WWF, estimait que chaque année 600.000 tonnes de plastiques étaient rejetés mer Méditerranée.

Selon ses équipes, la grande majorité provient des activités côtières (tourisme et loisir).
 

Rejets plastiques de la France vers la mer Méditerranée. / © WWF
Rejets plastiques de la France vers la mer Méditerranée. / © WWF

Selon l’ONG, sur la zone méditerranéenne, la France est le plus gros producteur de plastique, même si elle arrive mieux que d’autre pays à limiter ses rejets dans la nature.

“On estime malgré tout que la France contribue au rejet de 80.000 tonnes de plastiques dans la nature chaque année, dont plus de 10.000 entrent en mer Méditerranée, note l’ONG dans son rapport.

Elle rappelle par ailleurs qu’“en Europe, moins de 60 % des matières plastiques collectées pour le recyclage sont effectivement recyclées. 40 % sont considérées comme non recyclables (par exemple en raison d’additifs empêchant le recyclage).”

Pour les scientifiques qui ont étudié les fonds marins, le problème des déchets rejetés aujourd’hui s’ajoute à celui des déchets du passé.

L’étude parue dans la revue Science conclut : “bien que des efforts continus soient déployés pour réduire les rejets de plastiques dans l’environnement, nos océans continueront d’être affectés par l’héritage de la mauvaise gestion des déchets. Les courants des fonds marins joueront un rôle crucial dans le transfert et le stockage futurs des microplastiques dans l’océan profond.”

D’où l’importance, sans doute, d’étudier davantage les fonds marins.



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