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Dans un couvent corse, l’atelier rêvé de Leonor Fini

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Par Antoine Albertini

Publié aujourd’hui à 14h55, mis à jour à 15h43

Il existe deux manières de gagner l’ancien couvent Saint-François, sur la côte occidentale du cap Corse. La première consiste à emprunter, depuis la route qui surplombe le rivage, une pente abrupte qui mène droit à cet édifice du XIIIe siècle fondé par le successeur de François d’Assise en personne ; l’autre, à quitter le village de Nonza par un sentier à flanc de colline. Leonor Fini, elle, a abordé l’endroit par la mer, comme autrefois les contrebandiers et les Barbaresques, ou quelque divinité antique surgie des flots.

C’était à l’été 1954 et cette artiste alors parmi les plus en vogue à Paris, intime de Giorgio De Chirico, d’Henri Cartier-Bresson, de Jean Genet, reconnue et célébrée par Dora Maar ou par l’écrivain surréaliste André Pieyre de Mandiargues, navigue à bord du bateau de la comtesse de Beaumont lorsqu’elle tombe en arrêt devant ce qu’elle appellera des « ruines intelligentes ».

Le décor, digne d’un roman d’Alexandre Dumas, n’a guère changé depuis : un promontoire rocheux environné de maquis d’où émergent les murs effondrés d’une église, un clocher solitaire et un cloître, que l’on devine seulement.

« Leonor peignait, lisait, écrivait. Polyglotte, provocatrice et extrêmement cultivée : c’est la femme la plus libre que j’aie connue. » Arlette Souhami, galeriste

Si Leonor Fini (1908-1996) se promet de s’y établir un jour, c’est parce que son regard ne peut la tromper. Il lui a d’ailleurs assuré tous les succès. Ses toiles ont été exposées à Milan, à New York ou à Paris, depuis les portraits d’habitants de Trieste, la ville où elle a grandi, peints en autodidacte avec une virtuosité de maître flamand alors qu’elle n’a pas 20 ans, jusqu’aux visions oniriques de créatures androgynes, de sphinges, d’éphèbes alanguis qui ont assuré sa renommée.

Travailleuse acharnée, bientôt scénographe pour Camus qui adaptera Faulkner au Théâtre des Mathurins, elle a aussi dessiné des meubles et des costumes de théâtre, illustré pour Vogue et le Harper’s Bazaar les créations de Balenciaga, conçu à la demande d’Elsa Schiaparelli un flacon en forme de plantureux buste féminin pour le parfum Shocking, en 1937 – trait de génie auquel Jean Paul Gaultier rendra hommage plus de cinquante ans plus tard. C’est une star, doublée d’une diva, qui s’est offert le luxe d’éconduire un Picasso obsédé par la démonstration de sa virilité et a refusé d’être adoubée par les surréalistes, s’attirant la sentence d’un André Breton au comble de la pudibonderie machiste : « Elle est scandaleuse. »

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